Les bichiques sont des petits poissons qui sont très appréciés dans la cuisine réunionnaise. Le bichique est considéré comme un plat de luxe; C’est le caviar péi dit-on et au prix ou se vend le bichique aujourd’hui, nous n’en sommes pas loin.

En fait de petits poissons, ce sont des alevins de poissons d’eaux douce, le cabot à tête de lièvre et le cabot bouche ronde, de la famille des gobidées. Ce poisson à l’âge adulte mesure jusqu’à 12cm et peut remonter le courant des torrents grâce sa ventouse ventrale. La femelle pond jusqu’à 70.000 œufs de janvier à juin. Les œufs est entrainé par le courant jusqu’à l’océan. Les œufs éclosent et les larvent se développent dans les eaux saumâtres des estuaires ou au large. C’est au début de l’été austral, à la nouvelle lune, alors que les alevins mesurent environ 3cm qu’ils entament leur remontée de l’océan vers le haut des fleuves de la Réunion. Ils sont plus nombreux sur la côte est de l’île. C’est à ce moment là que la pêche aux bichiques commence.
À l’annonce en créole de bichique la monté, les pêcheurs venant de tous les environs placent des nasses côniques entre des pierres ou des sacs de sable formant un canal ou le courant porte les alevins. Ces nasses en vacoa tressé attachées au fond sont appelées vouves et quand les poissons y entrent, ils sont pris au piège. Il ne reste plus qu’à les relever et à les vendre frais. Les acheteurs viennent parfois négocier les bichiques directement sur le lieu de pêche.

Cette migration des alevins dure environ une semaine à 10 jours. Il est parfois possible d’observer plusieurs remontées dans l’année quand on est chanceux. C’est donc un produit ultra saisonnier ce qui explique l’engouement des réunionnais pour cette denrée rare.
La pêche aux bichiques est règlementée mais son prix élevé (120 € le kilo annoncé en 2025) motive de nombreuses personnes à tricher. Il y a plus de pêcheurs de bichiques que de permis de pêche délivrés à la Réunion et la redevance fixé par la loi sur l’eau n’est pas payée au prétexte que les espèces protégées par cette loi sont des poissons européens.
Un mets de gourmet et une tradition
C’est sur le littoral nord-est de l’île, sur la côte au vent que les bichiques sont le plus pêchés. La rivière des Roches à Bras-Panon est un haut lieu de la pêche aux bichiques car c’est à cet endroit qu’ils sont le plus nombreux. La commune de Bras-Panon organise même une fête locale du bichique, l’occasion de monter des marchés où le bichique se vend frais ou en cari pour ceux qui en ont les moyens.

Pour bien choisir ses bichiques, il est conseillé de les acheter vivants. Les alevins doivent être frais et frétillants. Ensuite il faut bien les laver sans les casser. Les bichiques se dégustent en cari, accompagné d’un rougail mangue. Lors de la cuisson il faut faire bien attention à ne pas casser les alevins pour qu’ils gardent tout leur bon goût en restant entier.
Malgré son prix c’est tous les ans la ruée pour trouver des bichiques à bon prix. Comme cette denrée est de plus en plus rare, elle est aussi de plus en plus chère. Ceci lui a valu les surnom de caviar péi ou d’or gris puisque les pêcheurs se penchent sur leurs vouves comme des chercheurs d’or.
La saison des bichiques c’est aussi le début de la saison des fêtes. Le cari de bichiques et simple à préparer et il parait que c’est très très bon alors pourquoi se le refuser. La pêche aux bichiques est une culture typiquement insulaire mais pas uniquement de la Réunion, les bichiques sont pêchés à Mayotte, Maurice et Madagascar dans les mêmes conditions, peut être moins intensément qu’à la Réunion où le nombre d’individus baisse fortement.
Une denrée de plus en plus rare
Seulement on a constaté depuis plusieurs années une baisse des populations de cabot à tête de lièvre et donc de la production de bichiques au mois de décembre. En 2010 déjà, le Comité français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) le rangeait dans les espèces quasi-menacée de disparition. La surpêche et le braconnage en sont les premières causes de cette disparition mais ils est très difficile de réguler cette pêche cause de l’engouement des populations pour ce poisson. Le prix est si élevé qu’il y aura toujours des braconniers.

